Eternel jeune homme, rocker impérissable Alèmayèhu Eshèté est à la tête de l'une des discographies les plus abondantes d'Ethiopie : plus de trente 45 tours et quelques Cds. Il est aussi l'une des voix mythiques du "swinging Addis", roucoulante sur des ballades à la limite du sirupeux ou déchirée sur des rock fiévreux. Ses références s'appellent Little Richard, Nat King Cole, Pat Boone ou -bien évidemment- Elvis.
Les cheveux aujourd'hui grisonnants mais toujours impeccablement crantés, ce vieux teenager adore faire varier son âge au gré des interviews, jouant sur le décalage entre calendriers occidental et éthiopien (7 ans d'écart). Alèmayèhu Eshèté est né en 1941 à Djamma, ville de la province du Wèllo. D'origine très modeste, le jeune homme doit affronter les foudres paternelles lorsqu'il commence à traîner et à chanter dans les night clubs des quartiers chauds. On raconte que, parfois, son père déboulait en plein milieu d'un set, et le ramenait à la maison par la peau du dos. A l'âge de 20 ans, Alèmayèhu Eshèté est remarqué par le colonel Rètta Dèmèqè qui l'enrôle dans le célèbre Police Orchestra. A cette époque seules les formations institutionnelles étaient habilitées à se produire en public et le Police Orchestra était l'un des plus fameux (avec L'Orchestre de la Garde Impériale).
Alèmayèhu Eshèté remporte son premier succès en 1960 avec "Betchègna kèrtata" ("Seul et désemparé"). Interprète, Alèmayèhu Eshèté est aussi auteur et compositeur et ses chansons parlent des conflits familiaux, de la piété filiale, de la conduite à tenir dans la vie et des vertus du travail. Le chanteur était pourtant détesté par les vieilles générations qui voyaient en lui un suppôt de la dégradation des mœurs aveuglées par les accents rock n’roll de sa musique, en dépit de ses textes moralisateurs. De la fin des années 60 jusqu'en 1974 (date où le colonel Menguistou renverse le plus vieil empire du monde), Alèmayèhu Eshèté a été une vraie star. Obligé de s'exiler, il poursuit sa carrière, plus internationale mais moins prolifique et débridée. Avec le temps, il s'institutionnalise même un peu (en 1984, il a gagné un "Tchaïkovski composition award" lors du festival international de Dresdes, en Allemagne). Mais il reste toujours cet éternel teenager éthiopien, telle une étoile patinée, grisonnante mais toujours brillante dans un ciel de gomina et d'envolée de cuivres.